Un cycle annuel de rencontres

Les Conférences du Patrimoine 2017-18


La Société organise chaque année un cycle de conférences qui permet aux chercheurs de partager les résultats de travaux réalisés dans les domaines de l'archéologie, de l'architecture et de l'art. Accessibles à tous et gratuites, elles sont organisées d'octobre à avril en partenariat avec la Région Grand Est et l’Université de Strasbourg. Ces conférences ont lieu à Strasbourg le lundi de 18h30 à 20h à la Maison de la Région Grand-Est - 1, place Adrien Zeller - Tram B et E, arrêt Wacken

Retrouvez les archives des conférences de la Société pour la Conservation des Monuments historiques d'Alsace ...


Toutes les conférences de la saison :




Le patrimoine rural alsacien menacé : analyse de la situation, enjeux et prospectives.


Le 9 octobre 2017 à 18h30

Par Clémentine JOSSEAUME, Association pour la sauvegarde de la maison alsacienne (ASMA)


Les villages disparus en Alsace aux périodes médiévale et moderne. Actualités de la recherche


Le 6 novembre 2017 à 18h30

Par Boris DOTTORI, Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP)

La question des localités disparues de la période médiévale a très tôt intéressé les historiens, la première liste de vici destructi étant celle parue dans l’Alsatia Illustrata de J-D. Schoepflin en 1761. Pendant longtemps, la recherche a cependant été cantonnée à de simples inventaires et à des monographies faisant la part belle aux crises de la fin du Moyen Âge pour tenter d’expliquer le phénomène.

Dans les années 1960/70, les travaux de A. Humm et de M. Grodwohl ont permis de dépoussiérer la thématique et de l’insérer dans une histoire globale du peuplement, en démontrant notamment que le processus de disparition d’habitats est complexe et recoupe le plus souvent plusieurs facteurs.

Récemment, l’archéologie s’est enfin intéressée à cette thématique, avec les fouilles réalisées sur les sites des villages disparus d’Elbersforst (Balbronn, 67) et de Breitenstein (Wingen/Moder, 67). La présente communication aura pour but de présenter les différentes méthodes permettant d’appréhender ces localités, de réaliser une synthèse des recherches récentes sur la question et d’expliciter les apports de la thématique à la connaissance de l’habitat rural en Alsace à la période médiévale.


L’apparition du fer (production-commercialisation) en Alsace à la Protohistoire.


Le 4 décembre 2017 à 18h30

Par Muriel ZEHNER, Archéologie Alsace

Les premiers objets en fer apparaissent dans le courant du 10ème siècle av. notre ère dans la plaine rhénane. Objets de prestiges jusqu’à l’époque gauloise, son utilisation ne se « démocratise » qu’au 1 er siècle de notre ère avec l’arrivée des Romains.

Il est encore difficile aujourd’hui de connaître les lieux d’extraction et de production dans la région. Un seul objet emblématique démontre la présence une production minière probablement importante dans le bassin rhénan : le lingot bipyramidal (ou demi-produit), que l’on retrouve en grand nombre de l’époque hallstattienne à l’époque romaine.

Découverte fortuite ou dépôt, ils sont le symbole d’échanges, de commerce et de la richesse de la plaine rhénane tout au long du dernier millénaire de notre ère.


La nécropole romaine de Strasbourg-Koenigshoffen du Ier au début du IIe siècle (rites et monuments funéraires).


Le 15 janvier 2018 à 18h30

Par Séverine BLIN, Pascal FLOTTÉ, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) & Archéologie Alsace


Nos connaissances sur la nécropole qui se développait au 1er siècle de notre ère à Strasbourg-Koenigshoffen ont été récemment bouleversées par les fouilles archéologiques de grande ampleur menées entre le 8 et le 20 de la Route des Romains par P. Flotté (Archéologie Alsace).

Sur un tronçon de 75 m, qui se développe le long de l’axe antique de la route des Romains, ont été mis au jour 18 nouveaux ensembles funéraires alignés de manière régulière le long de la voie.

L'état de conservation de ces vestiges est à bien des titres exceptionnel et permet de restituer l'architecture de ces tombeaux, leur destinataire, mais également les gestes et les pratiques liés aux rites funéraires. Cette conférence accompagne l'exposition en cours au musée archéologique de Strasbourg.


L'archéologie industrielle, cet "enfant terrible" de l'archéologie !


Le 12 février 2018 à 18h30

Par Pierre FLUCK , Université de Haute Alsace (UHA)

L’archéologie industrielle est l’archéologie de tous les paradoxes. Difficilement acceptée des praticiens de l’archéologie classique, elle s’en démarque déjà par les deux concepts inconciliables d’ «étude de l’ancien» appliquée à un phénomène que la plupart de nos concitoyens considèrent comme contemporain. Il suffit pourtant de se pencher sur la définition même d’industrie pour réaliser que dame « industrie » fait son chemin à travers toute l’épaisseur de l’histoire et même de la préhistoire.

Les équipes qui fouillent ou fouillaient les ateliers de potiers gallo-romains de la Graufesenque, ou encore les mines d’argent de la Renaissance, ne reconnaissent pas volontiers pratiquer l’archéologie industrielle : elle n’y est pas identifiée comme telle ! Et pourtant, ils s’intègrent totalement dans son registre. Une réflexion sur ce champ de la discipline va nous conduire, au travers d’un véritable jeu de piste, à la restitution d’une étonnante panoplie d’objets en interaction, de la mine de cuivre de Chuquicamata à la manufacture du Siècle des lumières lovée dans un hôtel particulier, en passant par les colonies ouvrières, le lac de barrage, la machine à vapeur et l’abjection des déchets. Des objets qui ne s’inscrivent pas tous dans le champ du patrimoine potentiel (qui par ailleurs transcende les compétences de l’archéologie, explorant l’écrit, la mémoire, le virtuel…) : étude du patrimoine et archéologie ne signifient pas la même chose !

Un second paradoxe se situe dans le rôle qu’on imagine volontiers très subordonné de la fouille, positionnant la discipline hors de portée de l’occupation privilégiée de ceux qui journellement pratiquent l’archéologie. « L’archéologie des usines » n’est-elle vraiment qu’une archéologie du bâti, de l’élévation ? Le troisième paradoxe réside dans la délimitation de la discipline d’avec l’histoire des économies. Au titre de paraître provocateur, nous tenterons de démontrer qu’en étudiant les plans d’une filature du premier XIXe siècle, nous pratiquons l’archéologie ! Une archéologie en chambre, en quelque sorte !

Nos décideurs sous-évaluent les enjeux de la discipline. C’est elle pourtant qui permet de comprendre et d’analyser la signification de l’héritage, quelquefois lourd à porter, de la pratique passée de l’industrie, à travers ses modifications imposées à nos territoires : contamination par les métaux lourds, pollution, impacts sur le façonnage des paysages et de l’urbanisme et, in fine, sur l’affirmation d’une Anthropocène. Des réflexions dont on ne peut faire l’impasse pour une gestion lucide de notre environnement. En contrepartie, la pratique industrielle nous a laissé des architectures de qualité auxquelles il convient de porter un autre regard. Celui qui rend possible, par le biais d’une appropriation collective, la patrimonialisation.

C’est alors que s’ouvre l’éventail énorme des reconversions, enjeu financier, sociétal et économique de notre civilisation, et qui s’inscrit totalement dans les perspectives du développement durable.

Pierre Fluck
Membre d’honneur de l’Institut Universitaire de France
Docteur-ès-sciences, Professeur émérite à l’Université de Haute-Alsace

La haute vallée de Munster : un territoire de montagne à reconstruire après la Grande Guerre (1919-1930).


Le 12 mars 2018 à 18h30

Par Jérôme RAIMBAULT, Inventaire général du patrimoine culturel - Alsace, Région Grand-Est

L’année 1919 marque le début du vaste chantier de reconstruction de la haute vallée de Munster (Haut-Rhin), dont huit communes ainsi que le chef-lieu cantonal, Munster, ont été quasiment réduits à néant lors des combats qui se sont tenus de part et d’autre de la ligne de front.

Durant un peu plus d’une décennie, une administration temporaire dédiée à ce « grand œuvre » et de nombreuses sociétés coopératives de reconstruction appliquent la législation française sur le dédommagement des sinistrés et contrôlent des centaines de chantiers de construction en faveur des habitants et des communes. Si la priorité est accordée à la remise en marche de l’appareil productif industriel et à la restauration des espaces agricoles, on engage dans la foulée le relèvement de l’habitat rural domestique (maisons, fermes et marcairies), des bâtiments publics (mairies, écoles, bains municipaux) et des édifices religieux (églises et chapelles). De nombreux architectes alsaciens se voient alors confier la tâche de repenser la nouvelle architecture dans son style et ses formes, et la majorité d’entre eux s’inscrivent dans le courant régionaliste qui est érigé en doctrine officielle de la Reconstruction.

De leur côté, les entrepreneurs sollicités, également alsaciens, mettent en œuvre non seulement les matériaux traditionnels (grès, granite et bois) mais aussi des matériaux nouveaux (béton, ciment amiante) fournis par l’industrie. Pour l’ameublement des églises catholiques et protestantes du territoire, des ateliers spécialisés (menuiserie, sculpture, vitrail) réinterprètent les styles historiques avec une prédilection marquée pour le gothique et le baroque. Au début des années 30, le paysage bâti de la haute vallée de Munster a achevé sa renaissance.